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Violences scolaires : Le règlement judiciaire, un moyen inadapté au contexte scolaire

A travers l’actualité et les faits divers, la violence occupe une grande partie de notre espace médiatique. Nous sommes cernés par la violence et l’école n’y échappe pas. Le cas d’Ibrahima Diaby qui, dans une vidéo, battait violemment Mamadou Lamine Sangharé, son camarade de classe à Karang, il y a quelques jours est illustrateur de ce fait.

Le tribunal de Fatick a rendu son verdict le vendredi 06 mai 2022. Ibrahima Diaby et Bara Gaye qui filmait la scène ont été condamnés à 6 mois de prison dont un mois ferme. Le tribunal a aussi alloué 1,5 million à la partie civile, à savoir Mamadou Lamine Sangaré. Mais se pose la question de savoir si le règlement judicaire est adapté à la résolution de certains conflits en milieu scolaire ?  Ces types de contentieux ne devraient-ils pas relever des structures de proximité ? Ces questions posent plus largement la question d’une éducation non-violente au Sénégal et de sa prise en charge en milieu scolaire.

Le travail de l’institution judiciaire est de faire respecter la loi, mais ses moyens d’intervention peuvent se révéler inadaptés dans certaines situations de tensions ou de conflits sociaux. Alors que l’on attend qu’elle aide à trouver une solution au conflit, la justice a parfois tendance à désigner un vainqueur et un vaincu, une victime et un coupable. En appliquant la loi, elle sanctionne l’acte commis, mais la sanction n’a pas toujours un lien direct avec l’objet du conflit. Il existe une relation entre justice et prison. La justice et tout ce qui s’y rattache est perçu comme un instrument de répression. Ainsi, le recours au juge pour trouver une solution à un conflit peut se traduire par une certaine dislocation du tissu familial, social ou communautaire.

Même si tout au long de la procédure pénale, de la garde à vue à la prison, le mineur a un statut particulier, il n’en demeure pas moins que la comparution des mineurs devant la justice a des conséquences psychologiques néfastes qui peuvent marquées l’individu durant toute son existence : La perte de l’estime de soi, dépression, stress , anxiété, attaques de paniques, désespoir, tentative de suicide, troubles d’apprentissage, décrochage scolaire, fugues , délinquances et risque de reproduire à l’âge adulte, les comportements des victimes ou des agresseurs, selon le cas.

Le système juridique apparait donc inadapté, car fondé sur un modèle de droit rationnel, centralisé et formaliste. L’inadaptation de la réponse judiciaire contribuerait même à intensifier certains conflits. La règle de droit ne permet de prendre en compte la variabilité du fonctionnement social. Elle ne permet pas de « construire ou de reconstruire du lien social.

Le malaise à l’école est plus profond, n’étant plus un lieu de promotion sociale, elle a perdu une partie de son sens. Pas toujours lieux d’accès aux savoirs au pouvoir qu’ils engendrent, elle n’est pas non plus ce lieu de plaisir, de découvertes, d’expérimentations et de socialisation que nous aimerions qu’elle soit. Cette situation n’est qu’une des facettes de la crise des systèmes de régulation sociale qui touche l’ensemble des secteurs de la société.

Le modèle disciplinaire de l’école est basé sur le principe de la sanction allant de l’avertissement à l’exclusion. Ce mode de règlement des conflits, reproduisant le modèle en vigueur dans la société, n’est pas adapté non plus à la nature de la relation éducative.

En France pour éviter la prison aux élèves, le législateur a crée une catégorie intermédiaire entre les mesures éducatives et les peines (loi n°2002-1138). Elles ont pour objet d’apporter une réponse mieux adaptée aux faits commis par les mineurs lorsque les mesures éducatives se révèlent inappropriées et que le prononcé d’une peine constituerait une sanction trop sévère.

Aujourd’hui dans beaucoup pays, des expériences de médiations scolaires sont en cours pour permettre aux élèves de prévenir et de résoudre leurs propres conflits. Deux types d’instances de médiation sont mis en place dans les écoles : l’une composée d’élèves pour les conflits opposant des élèves entre eux et l’autre composée d’adultes (enseignants, parents d’élèves) pour des conflits les concernant. Il importe alors de promouvoir dans notre pays un nouveau modèle de gestion et de régulation des conflits. Il ne s’agit pas seulement d’apporter des réponses aux problèmes immédiats de l’école que sont la violence, le vandalisme, l’absentéisme…mais d’enrichir le rôle de l’école en l’ouvrant à l’éducation au règlement des litiges.

Dans ce cas, la sanction devrait être pédagogique et faire appel aux techniques de communication. Tel est l’enjeu de la médiation scolaire. La détérioration du tissu social et le repli sur soi entrainent des comportements individualistes qui menacent la cohésion même de la société. De nouvelles structures de gestion et de régulations des conflits telles que la médiation dans le quartier ou à l’école sont donc nécessaires.

Penser une éducation non- violente, c’est tout à la fois avoir un projet éducatif, en dégager une pédagogie, c’est à dire un ensemble de moyens cohérents avec les objectifs de ce projet, et prendre conscience des remises en cause fondamentales à effectuer dans les structures de la société et dans nos comportements d’aujourd’hui. L’une des fonctions de la médiation est de permettre la construction de relation plus juste, en faisant valoir et progresser les droit de chacun.

Sortir de la logique de la violence c’est prendre conscience des différentes violences, dénoncer les injustices premières et donc mettre à jour les conflits sous-jacents. C’est valoriser la relation, favoriser la communication, permettre l’expression des droits. C’est inciter une approche non violente des conflits et percevoir des solutions positives. C’est redonner sa responsabilité à l’école dans l’éducation à la paix et aux droits de l’Homme.
Dr Tabouré AGNE
Docteur en Droit public
Consultant –formateur en médiation foncière
agnetaboure@yahoo.fr

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